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Discours de réception de M M.

Le geste pourrait sembler imprudent à une époque où le vrai anglais universel, ainsi que la mondialisation d'un faux anglais rabougri et bizarrement accoutré, menacent la langue française que vous avez pour mission de sauvegarder. Qu'aurait dit Vaugelas? Qu'aurait dit Jean Dutourd, mon pugnace prédécesseur? S'il parvient, du ciel, de l'autre immortalité, à discerner nos petites agitations, se félicite t il d'avoir pour successeur un Britannique? J'ose l'espérer. Comme vous le savez, appartenant à une nation d'excentriques, j'ai poussé l'extravagance jusqu'à choisir d'écrire pour l'essentiel en français, en contestant même l'idée reçue qui suppose que la poésie, qui sonde la matérialité des mots, leurs relations, leurs mémoires et qui naît d'un rapport intime et affectif avec le langage, ne peut s'écrire que dans la langue que l'on a gazouillée enfant. Vous avez senti chez moi une attirance irrésistible pour la langue française, vous m'avez honoré en m'invitant à la soutenir à vos côtés, en sorte que le fauteuil 31, qui comptait déjà deux exclus et un guillotiné, compte aussi, dorénavant, un immigré. En accomplissant ce rite agréable et solennel, je me rappelle ce qu'était pour moi l'Académie française vue de la lointaine Angleterre. Dès le lycée, elle paraissait une réalité irréelle, un rêve qui faisait rêver, un peu à la manière de la pagode chinoise dans les jardins botaniques de Kew, tout proches de mon enfance. Je m'apercevais peu à peu qu'elle était unique, une de ces exceptions françaises, de ces institutions incomparables dont il convient de défendre coûte que coûte la nature spécifique. Il m'a plu par la suite de savoir qu'un autre poète anglais, Matthew Arnold, voyait dans l'Académie une preuve éclatante du génie du cardinal de Richelieu, qui avait compris qu'une nation pense par sa langue, et qu'il existe un rapport étroit entre la santé d'une langue et la santé de ceux qui la parlent. Il semblait en effet, au jeune poète que j'étais, que l'Académie, qui a pour vocation d'être la demeure de toutes les excellences, est notamment le lieu où se met en uvre et en valeur le français, grâce aux écrivains qui ont à la fois défendu et illustré la langue française et sa littérature. Cambridge, à Christ's College, des académiciens contribuèrent à mon éducation, en premier lieu Racine. Il me révéla une autre manière de sentir, de penser, de vivre le moi et le monde, et par sa façon d'écouter le chant des sons et de la syntaxe, par son sens de l'ordre à établir dans une uvre, il vint à représenter pour moi, face à la différence anglaise de Shakespeare, l'être même de la poésie française. Maison de la création littéraire et de l'esprit chercheur, l'Académie me rappelle aussi, au moment d'en franchir le seuil, tout ce que je dois à Jacqueline de Romilly, à ce trésor de sagesse et de bonté dont la disparition nous attriste tous et que j'aurais tant aimé, aujourd'hui même, remercier. L'apparition, dans la langue française, d'un autre monde, avec sa musique, sa lumière et ses secrets, l'initiation à une autre manière d'être ne m'empêchent évidemment pas d'aimer et d'admirer l'anglais, mais affinent la perception que j'en ai. La beauté ordonnée du français ne me rend pas insensible à la belle exubérance de l'anglais, multiplicatrice d'horizons. Issu d'un mariage forcé mais pleinement heureux entre le Nord et le Sud de l'Europe, entre les idiomes des Germains et des Latins, l'anglais de Chaucer, Shakespeare, Dickens, Joyce, biforme, bilingue et ouvert au monde, cherche moins à se purifier qu'à s'enrichir. Il évolue, il vit, par une invention incessante et des emprunts nombreux. J'aimerais penser que l'anglais, perçu comme l'ennemi héréditaire et terriblement actuel du français, pourrait au contraire lui être utile. Car il n'est pas question, au fond, là où l'esprit raisonne sérieusement et voit clair, de rivalité. La pluralité des langues est un cadeau inestimable, qui fait proliférer les polyphonies des paroles, et des perspectives existentielles et ontologiques sur la terre et le ciel. Poète, j'apprécie toujours davantage la langue anglaise et cette langue française que Jean Dutourd passait sa vie à chérir, à défendre et à animer de son génie. Une certaine idée de la France, que lui avait communiquée son père, était une des passions de sa vie. Il chantait inlassablement la gloire de son pays, sel de la terre, et de ses compatriotes, race des élus. Ce qui ne l'empêchait pas d'admirer l'Angleterre, où il travailla pendant trois ans pour les services français de la BBC, ni de savourer la littérature anglaise, surtout Oscar Wilde, Sterne, Chesterton, qu'il traduisit, et Stevenson. Ces choix ne sont pas banals: ils démontrent l'indépendance de son jugement. Quant à la langue française, il craignait que son altération par le jargon et les anglicismes ne menaçât l'être intime des Français, leur capacité de penser et de sentir avec justesse et lucidité. Il savait, écrivain, que tout ce qui touche au langage touche également à la totalité de notre expérience, à notre recherche de l'autre, à notre cheminement entre le bien et le mal. Il militait sans cesse pour le français, avec un talent de polémiste allègre et étonnamment érudit, dans des associations, des articles de journaux, dans ses travaux académiques et ses romans. Parler, cependant, de ses activités, de son action, soulève une difficulté. Au moment de préparer son propre discours de réception, il demanda à son ami Maurice Schumann, qui le recevait, de ne pas raconter sa vie. Il avait découvert que ce mystère que l'on appelle ma vie se dérobe aux regards et se cache en des lieux imprévisibles. D'où l'évocation, dans Les Taxis de la Marne, d'une cinquantaine de photographies mentales, d'un album personnel que je suis le seul à pouvoir feuilleter, qui ne contient rien de marquant ni de significatif, mais qui constitue mon histoire la plus secrète et la plus authentique. Il avait appris surtout, tel Yeats ou Proust, que l'uvre est la création de quelqu'un d'autre, qui ne coïncide pas avec l'auteur, avec la personne que ses amis connaissent et qui croit se connaître. Pour trouver le lien chez lui entre vivre et écrire, il convient de chercher le niveau profond auquel observées nécessairement de l'extérieur son expérience de l'histoire contemporaine et l'aventure de sa création romanesque se touchent. Il appartenait à la génération 1920, qui avait vingt ans stores that sell michael kors handbags en 1940 et que la défaite provisoire de la France frappa en pleine jeunesse. Ses activités pendant l'Occupation: double emprisonnement, double évasion, participation à la Résistance et à la libération de Paris, rencontre avec michael kors striped handbag le général de Gaulle, lui donnèrent l'espoir, vite déçu, de retrouver la France rayonnante qui avait nourri son imagination. Il passa le reste de sa vie convaincu d'être né dans une basse époque, où la France ne jouait plus un premier rôle, ne s'étant pas relevée toute seule et avec panache comme après les défaites de LouisXIV et de Napoléon, parce qu'elle avait été sauvée de l'Occupation en partie par ses alliés. Les Français, l'amour de la gloire perdu depuis l'armistice, avaient fait de la France, pour citer une de ces comparaisons expressives qu'il produisait copieusement, une vénérable pendule sur une cheminée [] que personne ne regardait parce qu'elle ne donnait [] plus l'heure. Ce sentiment cuisant de perte et de trahison le rendait férocement et joyeusement combatif. Il était déjà, avant 1940, en désaccord avec l'esprit de son temps. Il possédait déjà l'esprit de contradiction, qu'il retrouvait chez son héros Stendhal, toujours en guerre contre le ridicule, en bon Français. Le désaccord et la contradiction engendrent la satire, éclairage indispensable et salutaire dans le monde comme il va, et Jean Dutourd la pratiquait à la fois en s'indignant de ce qu'il fustigeait et en se délectant des armes verbales et spirituelles qu'il maniait avec virtuosité. Romancier, journaliste, personnalité célèbre de la radio et de la télévision, il allait au devant de la controverse, en attaquant sans cesse, en soulevant contre lui les intellectuels, en choisissant des titres destinés à déplaire, en se moquant de la politesse, de la bienséance et de l'objectivité, qu'il considérait comme des qualitéspour personnes pâles. Il était donc attaqué à son tour, on le traitait de réactionnaire, de cocardier, de fasciste, on essaya (vraisemblablement) de le tuer. La manière dont il raconte cette dernière mésaventure révèle un trait dominant de son esprit, l'inventivité et la gaieté avec lesquelles il retournait toujours la situation: J'ai été incendié, écrit il, par des gens qui n'aimaient pas mon style, puis plastiqué deux ans plus tard par d'autres connaisseurs littéraires. On aurait pu craindre que son goût pour la provocation ne convînt pas aux murs de l'Académie française. Il paraît qu'il se trouvait fort bien parmi vous, tel qu'au sein d'une deuxième famille. L'Académie n'est elle pas du reste, par son indépendance et son prestige, un foyer de la pensée libre où l'on n'a pas de compte à rendre au politiquement correct (qui interdit, précisément, de penser), un lieu où l'on cherche à voir clair? Son sentiment d'être orphelin de la vieille France ne cessait de croître. Communiste de cur en 1943, grand ami d'Aragon, il trouva pourtant le général de Gaulle, un peu comme on trouve Dieu, vit en lui, dans ce hurlement de frustration et de colère que sont Les Taxis de la Marne, le seul Français possédant, devant la cacophonie de l'Histoire, l'oreille absolue, et lui voua toute sa vie une sorte de culte. Il glissait, avec beaucoup de courage, de plus en plus vers la droite ou plutôt, hors des cases sommaires habituelles, en pensant l'impensable: que la démocratie, qui est un mk handbag store déferlement de paroles, plonge la société dans l'illusion et le mensonge, et que la France était plus elle même sous la monarchie. Le héros tragique et minable des Horreurs de l'amour, douard Roberti, député radical, est présenté, par le gâchis de sa vie et sa longue descente dans le grotesque, comme le reflet de la IVeRépublique. Il meurt le premier jour de la première campagne électorale de la République gaullienne. Ses convictions portaient elles Dutourd à écrire des romans réalistes, à opposer au réalisme socialiste un réalisme conservateur? On pourrait le croire, à lire distraitement certaines de ses affirmations. La première règle pour le romancier, ou pour le peintre, et la source principale de leur bonheur d'artiste, serait de faire ressemblant. Dutourd aborde ici la question éternelle que se posent également les poètes et les dramaturges, sur le rapport énigmatique entre la réalité et l'uvre, cette chose singulière et sui generis que nous faisons exister et qui nous surprend toujours. Mais il soutient qu'Apollinaire nous montre dans ses nouvelles des choses devenant insolites à force de ressemblance. Le paradoxe est nécessaire pour décrire l'effet produit par un art qui s'éloigne du réel familier à mesure qu'il s'en approche, et qui s'en approche à mesure qu'il s'en éloigne. Qu'un arbre peint par un grand artiste ressemble à un arbre, ou qu'un évènement raconté par un grand écrivain ressemble à un évènement, nous transporte dans le domaine de l'étrange, à cause du décalage entre l'uvre, avec ses lois propres, et la réalité. Baudelaire avait évoqué de même, à propos des nouvelles de Gautier, la magie, non pas du fantastique ou de l'extraordinaire, mais de la vraisemblance. C'est en s'efforçant de rester fidèle au réel que l'on y dévoile une autre dimension, insolite et magique. Le réalisme cède aussi devant la caricature, que Dutourd tenait pour sérieuse parce qu'elle tire au jour violemment ce qui était caché. Cette violence de l'art répond à une réalité complexe et obstinée où le réalisme primaire ne rend que les apparences. On comprend dès lors qu'il fût attiré par une certaine tendance de la littérature anglaise, chez Fielding, par exemple, ou Dickens, dont un des personnages, en examinant un portrait, le trouve si ressemblant qu'il pourrait presque être une caricature. On comprend aussi qu'il admirât Oscar Wilde, qui va encore plus loin. Dutourd sentait que peu d'auteurs l'avaient influencé davantage. Il estimait par ailleurs que, à l'encontre de l'opinion généralement admise, Wilde avait un bon cur et un esprit de charité et d'amour, ainsi qu'en témoignent, en effet, particulièrement ses nouvelles. Il introduit Wilde en personnage dans Mémoires de Mary Watson, pour qu'il expose, avec des exemples imaginés par Dutourd, l'essentiel de sa théorie artistique. Lorsque le peintre américain Whistler reproduit une cafetière, la vraie cafetière ne se trouve pas sur la table mais sur la toile; par la suite, dans l'esprit des gens, toutes les cafetières se mettent à ressembler à celle de Whistler. Monet, en peignant la gare Saint Lazare, qui n'était auparavant qu'un amas de noir, de fer et de fumée, la change en elle même, la fait devenir ce qu'elle est: quelque chose de précieux et de sublime. La vie, en imitant l'art, commence à lui ressembler. Autrement dit, le roman, le tableau, le poème, en avant du réel, constituent des lieux fictifs où les faits sont transfigurés, où nous tâchons de voir autre chose au delà d'un monde à la fois splendide et horrible. Je suis tenté d'ajouter que toutes les formes d'art opèrent, plutôt que la mimèsis aristotélicienne, l'anaktisis, la re création de la réalité, mais, connaissant la répugnance de Dutourd pour le discours savant, je sens qu'à entendre ces mots grecs, il murmurerait cuistre! Déshérité dans l'univers méconnaissable de l'après guerre, il devait trouver de l'espoir dans cette capacité innovante de l'écriture, son autre passion. Car Mémoires de Mary Watson concrétise l'idée que Wilde y exprime: le roman constitue une fiction qui attire sans cesse le réel dans la littérature. Des célébrités de l'époque, Wilde, Whistler, Mallarmé, Verlaine, côtoient des personnages tirés de Conan Doyle: Sherlock Holmes et le docteur Watson, et d'autres personnages inventés par Dutourd. La narratrice est doublement imaginaire, étant l'épouse de Watson. Elle raconte des choses extravagantes parce qu'elle a assimilé la leçon de Wilde. Jeune, écrit elle, on croit Jane Austen les yeux fermés, alors que ce sont Balzac ou Dickens, avec leurs énormités, qui dictent à la réalité ce qu'elle sera. Son histoire en contient une autre, un long récit d'aventures dans le goût du xixesiècle raconté par Holmes, et l'étude des murs de la bonne société victorienne se mue en roman à suspense. Le signe le plus magistral du passage de la vie vers la fiction qui la renouvelle, c'est l'ambition du docteur Watson d'écrire les exploits de Sherlock Holmes en donnant à cet être paraissant sec et désagréable une allure séduisante et romanesque: en le transformant en héros de roman, en un Sherlock Holmes possible. Mémoires de Mary Watson, rédigé sur un ton étincelant et sans faille, témoigne de la variété des ouvrages de Jean Dutourd et de son brio. Quelle gageure que de faire parler Mallarmé, Verlaine et surtout Oscar Wilde, aussi éblouissant dans sa conversation que dans ses écrits! Il s'en tire brillamment. Et nous découvrons dans ce roman un des aspects du vrai Dutourd, non pas celui de la biographie, mais celui, transformé, qui vit dans son uvre. Si son invention romanesque dépassait le réalisme, l'examen de ce qu'il considérait comme un monde fourvoyé et perdu dans l'illusion débordait le cadre de la politique. La pire des illusions serait de se tromper sur soi, avec les malheurs qui s'ensuivent. Nombre de ses personnages vivent, dans l'inconnaissance de soi, à la frontière entre l'erreur et le mensonge. Même les Poissonard d'Au bon beurre, qui s'enrichissent pendant l'Occupation en faisant du marché noir avant de passer pour des patriotes, juste avant la Libération, grâce à quelques actions en réalité ignobles, ne se voient pas tels qu'ils nous paraissent et sont trop entiers dans leur égoïsme et trop inconscients de ce qu'ils font pour être de véritables hypocrites. Roberti surtout, dans Les Horreurs de l'amour, se michael kors studded bag dégrade par petites étapes, en s'échinant à se convaincre qu'il n'aime pas sa maîtresse et que leur liaison sera sans conséquences. Pour Dutourd, ce défaut de présence réelle à soi même est dramatique. Il cite Stendhal disant de Napoléon qu'il avait emprisonné sa vie dans une comédie grave. Nous discernons en effet cette prison lorsque nous voyons que notre conscience se dédouble et se multiplie et que nous cessons rarement de nous jouer la comédie, ayant décidé arbitrairement quelles idées et quelles émotions nous conduisent. Dutourd distingue dans les mirages que nous cultivons, dans cette éternelle duperie intime qui est le lot des hommes et par laquelle la réalité du monde et du moi est voilée, l'effet du péché d'orgueil. Si un discours de réception à l'Académie française devait ressembler à une conversation à table dans la bonne société anglaise, où l'on s'abstient de parler politique et religion par peur de détruire l'ambiance feutrée, anodine et délicieusement ennuyeuse, il n'aurait pas fallu que Dutourd décédât et que son successeur fût tenu de parler de lui. Athée dans sa jeunesse, il devint plus tard croyant; la présence de Dieu sous tend dès lors son uvre, et avant tout Les Horreurs de l'amour. Ce roman, où un homme politique marié glisse imperceptiblement dans l'engrenage du mal parce qu'il croit entretenir une liaison par simple désir et où il finit par commettre un meurtre, est assurément son uvre la plus ambitieuse. Il y raconte, selon son narrateur, le destin d'un homme, le Bien et le Mal, mais en faisant descendre ces sujets grandioses dans la trame illimitée, inextricable et en partie déterminante des circonstances qui nous encerclent quotidiennement, dans cette espèce de grande incertitude de la vie, où rien n'est tout à fait vrai ni tout à fait faux, où tout est cote mal taillée, approximation, tâtonnement, expédient. La chute infiniment circonstanciée de Roberti et sa lenteur à comprendre sa passion expliquent la longueur exceptionnelle du roman. Il y retrace aussi la tragédie de notre temps, où le héros est sans grandeur et où son geste meurtrier résulte d'une méprise. Il tue le frère de sa maîtresse qui l'insulte à grands cris afin de briser sa liaison, ne sachant pas que sa sur a déjà rompu et que Roberti est au désespoir. Dutourd s'attache à montrer, finalement, un enfer plus vrai et plus détestable [] à la mesure de ce siècle misérable et surpeuplé, les flammes éternelles où certains s'engouffrent sur la terre même, petit à petit et sans s'en rendre compte. Roberti est présenté sous les traits d'un Faust moderne, qui a vendu son âme sans le savoir, ayant été marqué par la grâce noire de Satan, et qui reçoit dans ses mains, afin de tenir et de poignarder un homme vigoureux et plus jeune que lui, une puissance qui n'était pas de ce monde. Mais un Dieu qui s'éloigne du convenu est à l'uvre également. Une jeune femme, dans Le Séminaire de Bordeaux, sent à côté d'elle la présence de Dieu, bonté insatiable et monstrueuse. Dutourd suppose la même qualité chez tous ceux, croyants ou non, qui agissent selon les principes ou plutôt, sous la dictée de l'altruisme. Dans Les Horreurs de l'amour, l'esprit borné et intempestif de Valentin, frère de la maîtresse de Roberti, perd toute importance devant son dévouement au bien de sa sur. Il agit à la manière d'un saint pour qui rien n'existe en dehors du salut de son prochain, ni tact, ni tolérance, ni respect humain, ni pitié.

L'esprit de contradiction fournit à Dutourd cette vision sévère, qui tranche sur la mièvrerie d'une certaine image fort répandue de l'amour de Dieu et de la charité humaine. Les Horreurs de l'amour sont un roman bien français, et pas seulement parce qu'il raconte un adultère. L'auteur s'applique à analyser dans le moindre détail la.


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